Quand je me suis fait chargé par des chaises ou autres histoires à dormir debout…

Vides, impassibles et sombres. Ce sont les silencieuses qui observent de leurs regards absents nos moindres faits et gestes.

Nous passons beaucoup de temps à jouer pour des chaises. Elles siègent imposantes face à nous. Trônes de l’attente et de l’espoir, elles restent et nous toisent. On leur parle, on fait comme si elles représentaient quelque chose ou quelqu’un. On communique notre vulnérabilité à ces chaises en essayant d’être authentique. Sans penser au préalable à se présenter :

« – Bonjour,  je m’appelle Jérémy.

– Bonjour, je suis A21

– Moi c’est A23 ! »

– Et moi A19, nous sommes la rangée impair. »

Est-ce que les chaises existent en dehors de notre présence ? Ça serait marrant de pouvoir les observer dans leur solitude. C’est quoi la vie d’une chaise ? Est-ce qu’elles rentrent chez elles après une journée de dur support ? «En ce moment, j’ai une vie de chaise !»

Quand on y réfléchit, une chaise ne nous laissera jamais tomber. On peut assoir notre autorité sur une chaise en montant debout dessus ! La chaise est toujours volontaire, prête à servir, elle ne s’a pas soi mais on l’a souvent pour soi. Être à deux sur une chaise ne la dérange pas non plus ; elle n’a pas vraiment d’avis arrêté sur la question. À part si celle-ci est fragile, certaines d’entre elles sont émotives, trop de pression et c’est la rupture !

Un jour une chaise m’a dit : « … » et le pire c’est qu’elle n’avait pas tord !

J’aimerai pouvoir entendre les chaises pleurer, le vague à l’âme des chaises. Quand on les frotte trop fort sur le sol, elles grognent ! C’est bien qu’elles ressentent la douleur. À force de soumission, les chaises finissent en morceaux, au recyclage ou au bucher. Pas de quartier chez les chaises. Mais la majorité d’entre elles sont vraiment solides et la plupart nous survivront. Elles ont bon dos les chaises !

Y a-t-il une hiérarchie entre les simples chaises, les chaises berçantes, les chaises de bureau ? Est-ce que les chaises sont racistes envers les tabourets ?

« – Ma pauvre, ils ont complètement raté ta coupe !

– Mais non, je suis allé chez un nouvel ébéniste, il paraît que c’est la totale tendance dans les cuisines parisiennes !! »

Comment exister sur scène pour quelque chose qui n’en a pas conscience ? Notre mouvance confronté à l’immobile. Adossées aux gradins, elles nous contemplent, ces lignes absurdes, ces fantômes de personnes qui ne sont pas là. Leur présence est persistante, à un tel point qu’on fini par les oublier. Elles ne font plus partie que du décors. Un décors qui n’est plus sur scène mais tout autour. Tout le reste du monde n’est plus qu’un ensemble d’ornements d’où il faut nous extirper. Nous recherchons notre essence, tentons de l’extraire de ces agencements inchangeants, rangés et immuables.

Ces chaises ne sont qu’une mise en demeure, un rappel, un vide qu’il nous incombe de combler. Les chaises existent. Elles existent parce que nous avons besoin d’elles, parce que nous avons besoin d’elles pour exister.

Et si elles n’étaient pas là, et bien les gens s’assiéraient par terre.

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