Lettre ouverte aux gouvernements qui méprisent la culture

Aujourd’hui, est mon dernier jour en temps qu’étudiant à l’École nationale de cirque de Montréal. Après 3 ans dans cette école prestigieuse, aux côtés de personnes plus talentueuses et persévérantes les unes que les autres, je m’apprête à m’envoler avec quelques unes des compagnies les plus importantes du Québec pour travailler tout autour du monde.

Si je suis arrivé jusqu’ici, c’est premièrement grâce à mes parents et ma famille. Parce que très tôt, ils m’ont donné un accès aux images, aux livres, aux arts. Parce que dans mon village il y avait une bibliothèque municipale. Parce que des subventions permettaient au théâtre de la ville d’à côté d’accueillir des spectacles de qualités présentés par des intermittents du spectacle.

C’est aussi grâce à mes enseignants du primaire et secondaire, qui malgré l’effectif grossissant, croyaient en nous, prenaient de leur temps pour organiser des projets et n’hésitaient pas à soutenir les nôtres. Presque 20 ans après je me souviens encore d’une majorité des sorties scolaires que j’ai faites à l’école pour voir de vieux films en noir et blanc, différentes comédies de Molière et même des œuvres plus récentes créées par des artistes locaux. Ça paraît peut-être peu, mais c’était les prémices d’une grande ouverture culturelle et du développement plus que nécessaire aujourd’hui d’un sens critique.

Enfin c’est aussi grâce aux associations et organismes communautaires, dans lesquels j’ai pu commencer une pratique artistique et en découvrir de nouvelles à travers une grande variété de festivals. Parce qu’il y a des gens passionnés qui sont bénévoles et qui donnent sans rien attendre en retour. Parce qu’il y a des salariés qui en assurent la pérennité. Parce que des aides publiques permettaient un budget de fonctionnement.

Aujourd’hui, je suis un jeune artiste clown, diplômé d’une des plus grandes écoles de cirque au monde, parce que tous ces gens ont eu un jour les moyens de croire en des projets culturels, de les réaliser et de les partager. Je pense aussi à tous ces travailleurs de l’ombre, les techniciens de scène, les éclairagistes, les ingénieurs son, les auteurs, les concepteurs, les costumiers, les scénographes, les assistants, les régisseurs, les diffuseurs, etc, tout un monde de professionnels passionnés. En veux-tu des opportunités d’emploi pour les jeunes comme moi, en voilà !!

Et pourtant…

Aujourd’hui, on nous bombarde à coup de propagande télévisuelle, on nous monte les uns contre les autres, on nous fait croire que l’argent et le matérialisme à outrance sont les seuls moyens d’oublier le climat de terreur qu’on nous impose, et le pire selon moi, on bride notre liberté d’expression et d’accès à une culture décente, hétéroclite et essentielle, que ça soit à la maison, dans nos écoles, dans nos quartiers ou dans nos villes.

Il est plus que temps aujourd’hui de reconsidérer notre manière de penser la culture, ainsi que les enjeux sociaux, économiques et politiques qu’elle représente. Ce qui doit se faire au niveau local et être soutenu au niveau national. Fini la culture de masse et abrutissante ! Défendons une culture intéressante, instructive et qui rapproche les gens. Qui les amène à se connaître mieux eux-mêmes. Qui remette l’humain à la première place.

J’aimerais ne pas être qu’un exemple de réussite et qu’on ait tous le choix de la place que l’on veut occuper dans notre société.

«Et avec ça un peu de poésie, bordel de merdre!»

Jérémy Vitupier

11255008_911291065595434_5359201267521473786_n

Publicités

Deuxième et dernière semaine de show !

Pour ceux qui sont loin, voici un petit aperçu de notre spectacle «Les Étinceleurs».

Pour ceux qui sont proches, il reste encore des places pour les 4 représentations publiques restantes : http://tohu.ca/fr/programmation/spectacle/2014-2015/les-etinceleurs/

Bonne semaine ! ;o)