Itinéraire de tournée 2 – La merveilleuse cité d’or ?

Dubaï est un mystère. Une île suspendue au dessus du monde. Elle naît sous la brume. Une brume opaque et dense faite de poussière du désert, de vapeur et d’argent. Là haut, le toit des hommes siège sur la ville. À ses pieds, les fidèles enturbannés, les hommes d’affaires et les voyageurs de luxe font miroiter leurs cerveaux auxiliaires pour capturer un monde qu’ils laissent défiler du bout de leurs index.
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Esteban, Tao, Tia sont pakistanais ou indiens et sont venus chercher l’espoir dans cette cité neuve, quasi futuriste et non biodégradable. On ne choisit pas où on nait et s’ils veulent être quelqu’un ici, ils doivent disparaître, s’incliner devant les rois du pétrole. « À votre service », ils triment et règnent en maître dans l’art de se soumettre. Ils tentent de s’intégrer dans cette société factice qui ne fait que leur mettre des bâtons dans les roues. Enfin, je suppose.

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2067, les tours toujours plus hautes les unes que les autres branlent. Cette course poursuite effrénée pour savoir qui aura la plus grande devrait bientôt toucher à sa fin. Un cliquetis métallique et rauque déchire le silence des autoroutes désertées. La tour de 828 mètres crache les reflets flambants d’un soleil paressant toujours plus proche d’année en année. Le désert est maintenant en plastique. La poubelle est devenue nature et engloutie centimètre par centimètre la ville miroir. L’or a coulé et le navire doré s’est effondré. Ça s’est passé suite à l’impact contre ce bloc limpide et pur, ce gigantesque et véritable roc de rien. Quand ce qui alimentait l’artificiel est devenue une denrée rare puis introuvable. Depuis lors, chaque jour la cité gronde. Elle rage, peste contre ceux qui n’auraient pas du l’ériger ainsi. Ses grattes ciels grincent d’avoir trop longtemps caressé ces sommets. Chaque heure est devenu une lutte pour l’équilibre, un défi architectural pour les hommes du passé, une question essentielle pour les quelques hommes du présent qui se battent encore pour leur refuge frais et branlants : « combien de temps cela va t-il encore tenir ? »

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2015, tout est encore beau et bien, comme on nous le dit sur toutes les télévisions. On vient de finir 8 spectacles en 4 jours et je suis sous la scène en train de pester contre des câbles qui jouent à labyrinthe sur des kilomètres. Mon corps est fatigué et l’acide lactique s’invite dans mes articulations à cause de ma position courbée sous les tréteaux du théâtre. Je repense à cette épine que j’avais dans le pied quelques semaines auparavant. Un détail anodin peut-être mais qui me rend optimiste face à l’avenir. Je râle comme un français en me cognant le crâne mais en même temps je suis bien, car j’ai pu choisir ce que je fais et j’en suis vraiment reconnaissant.

J’aime être là. Demain, je serai dans un ailleurs istanbuliote mais la scène elle sera toujours là.

Itinéraire de tournée 1 – À bout d’habits

Déjà presque une semaine que ma valise est ouverte dans cette chambre d’hôtel. Ici et là, sur chaque meuble et chaise, fauteuil et table, abat jour et téléviseur grand écran 16/9ème, repose un de mes effets marqué d’un blanc salin. Ils me font oublier pour un temps, le luxe auquel j’ai droit  pendant ce bref passage chez le «père de la gazelle». Bienvenue à Faux-semblant Land ! La ville qui est plus récente que Laval, un château de cartes doré où l’air climatisé règne en maître, un désert au milieu du désert. Abu Dhabi ou le mirage, la vision lointaine d’un rêve qui devient réalité, ou pas.

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Je marche presque seul, sur un boulevard peuplé de véhicules saouls d’un pétrole bradé. Je suis bipolaire depuis que je suis arrivé, tantôt aride, tantôt glacial, je me laisse happer d’un univers à l’autre. L’un est doux, affairé et tranchant, l’autre est brulant, spirituel et brave. Les princes du désert ont créé un monde en plastique, une maquette d’un blanc criard où cohabitent le nord et le sud. Une ville moderne préoccupée par une spiritualité ancestrale, des traditions lointaines, et un héritage juvénile. Ici, les centres commerciaux sont tellement grands qu’ils y a autant de magasins différents que de clients. Ils sont plus peuplés par leurs employés que par les flâneurs venus glaner des produits occidentaux.

Un chat des rues m’extirpe de mes pensées. Il va se réfugier à l’ombre d’une balançoire fantôme. Où sont les enfants ici ? Est-ce qu’ils sont cachés dans les jupes de leur mères ? En tout cas, pas sous celle de cette blonde, perchée sur ses talons de 12 mètres et aussi peu drapée qu’on peut l’être avec une chaleur pareille. Je croise quelques pas derrière elle deux autres femmes à la beauté interdite. L’une est grande avec des yeux verts et l’autre plutôt petite avec des yeux bruns. Il se dégage une réelle profondeur de leur regard, unique passerelle entre le monde et leur âme. Elles rejoignent toute une foule rassemblée pour prier. Waouh ! C’est la première fois que je vois autant de monde dans les rues quasiment désertes depuis une semaine. Je suis ému de les voir ainsi réunis, tous les uns proches des autres, l’esprit tourné dans la même direction. Une aura étincelante brille au dessus d’eux et est emmenée par le chant du muezzin.

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Vingt minutes. C’est le temps maximum que j’ai marché sous ces 51 degrés. Même la piscine n’a pas réussi à me rafraichir ! Je prend une douche d’air climatisé dans ma chambre, pendant que je ramasse mon linge ici et là. À gauche de mon lit git maintenant une dune textile que j’enfourne dans ma valise. Celle-ci déborde de vêtements pliés, roulés, tassés, flic flac hop on en parle plus, que j’ai rapidement rangé pour pouvoir écrire jusqu’à la dernière seconde. En sortant, je salue maladroitement le garçon d’étage, le corps lourd et l’esprit fatigué. Je croise une dernière fois son regard aimable et sincère.

Il est temps d’aller rejoindre la sœur cadette de cette ville, direction Dubaï.

Jour de première !

Ça y est, après un mois de répétitions sur Cirkopolis 2.0, aujourd’hui c’est le grand jour de la première (et de la deuxième aussi).

Notre scène !

Notre scène !

Nous jouons dans un chapiteau, quasiment en plein désert (on espère qu’il y aura quand même du monde) et sous une chaleur écrasante. Heureusement, le chapiteau est un peu (trop) climatisé, comme tous les bâtiments ici à Abu Dhabi.

Je vous parlerai surement plus de mes impressions sur la ville un peu plus tard. En attendant en voici quelques images !

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Premier départ

Dans une semaine je serai parti. J’ai encore du mal à y croire et suis en même temps très excité ! Ça y est, la tournée va enfin commencer.

Il y a à peu près un mois, les répétitions débutaient et je rencontrais les personnes qui allaient constituer pour les prochains mois (et années) mes camarades de voyage, une nouvelle famille.

J’ai dans la tête cette image des navires, pendant le temps des grandes explorations, qui partaient à la recherche de nouveaux continents. Pendant un mois, nous avons construit notre bateau. Les plans existaient déjà et nous avons récupéré pas mal de bois, de cordages, de voiles et même quelques anciens matelots. Nous avons mélangé notre sueur, nos connaissances respectives, notre passion, notre exaltation même, nous avons lutté ensemble contre la fatigue et les quelques blessures pour bâtir un bateau dans lequel on puisse se reconnaître.

Aujourd’hui le bateau est prêt à partir, même s’il n’est pas vraiment terminé. Il va continuer à se construire avec nous tout au long du voyage. Et si le voyage nous change, notre bateau changera avec nous, car c’est un navire vivant ! Son plancher vibrera sous nos pas, nos prises d’élans et nos danses, ses voiles enfleront de notre souffle gonflé par l’énergie partagée et ses canons exploseront finalement sous un tonnerre d’applaudissement.

Nous partons dimanche pour Abu Dhabi, Dubaï, puis Istanbul, sur un bateau qui se nomme «Cirkopolis 2.0»

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