Itinéraire de tournée 1 – À bout d’habits

Déjà presque une semaine que ma valise est ouverte dans cette chambre d’hôtel. Ici et là, sur chaque meuble et chaise, fauteuil et table, abat jour et téléviseur grand écran 16/9ème, repose un de mes effets marqué d’un blanc salin. Ils me font oublier pour un temps, le luxe auquel j’ai droit  pendant ce bref passage chez le «père de la gazelle». Bienvenue à Faux-semblant Land ! La ville qui est plus récente que Laval, un château de cartes doré où l’air climatisé règne en maître, un désert au milieu du désert. Abu Dhabi ou le mirage, la vision lointaine d’un rêve qui devient réalité, ou pas.

[…]

Je marche presque seul, sur un boulevard peuplé de véhicules saouls d’un pétrole bradé. Je suis bipolaire depuis que je suis arrivé, tantôt aride, tantôt glacial, je me laisse happer d’un univers à l’autre. L’un est doux, affairé et tranchant, l’autre est brulant, spirituel et brave. Les princes du désert ont créé un monde en plastique, une maquette d’un blanc criard où cohabitent le nord et le sud. Une ville moderne préoccupée par une spiritualité ancestrale, des traditions lointaines, et un héritage juvénile. Ici, les centres commerciaux sont tellement grands qu’ils y a autant de magasins différents que de clients. Ils sont plus peuplés par leurs employés que par les flâneurs venus glaner des produits occidentaux.

Un chat des rues m’extirpe de mes pensées. Il va se réfugier à l’ombre d’une balançoire fantôme. Où sont les enfants ici ? Est-ce qu’ils sont cachés dans les jupes de leur mères ? En tout cas, pas sous celle de cette blonde, perchée sur ses talons de 12 mètres et aussi peu drapée qu’on peut l’être avec une chaleur pareille. Je croise quelques pas derrière elle deux autres femmes à la beauté interdite. L’une est grande avec des yeux verts et l’autre plutôt petite avec des yeux bruns. Il se dégage une réelle profondeur de leur regard, unique passerelle entre le monde et leur âme. Elles rejoignent toute une foule rassemblée pour prier. Waouh ! C’est la première fois que je vois autant de monde dans les rues quasiment désertes depuis une semaine. Je suis ému de les voir ainsi réunis, tous les uns proches des autres, l’esprit tourné dans la même direction. Une aura étincelante brille au dessus d’eux et est emmenée par le chant du muezzin.

[…]

Vingt minutes. C’est le temps maximum que j’ai marché sous ces 51 degrés. Même la piscine n’a pas réussi à me rafraichir ! Je prend une douche d’air climatisé dans ma chambre, pendant que je ramasse mon linge ici et là. À gauche de mon lit git maintenant une dune textile que j’enfourne dans ma valise. Celle-ci déborde de vêtements pliés, roulés, tassés, flic flac hop on en parle plus, que j’ai rapidement rangé pour pouvoir écrire jusqu’à la dernière seconde. En sortant, je salue maladroitement le garçon d’étage, le corps lourd et l’esprit fatigué. Je croise une dernière fois son regard aimable et sincère.

Il est temps d’aller rejoindre la sœur cadette de cette ville, direction Dubaï.

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