Itinéraire de tournée : La Chine, fin.

to-the-end

Notre parcours pendant la tournée chinoise, du 17 juin au 5 septembre 2016, une vingtaine de villes entre Nanning et Xiamen.

Quand nous sommes arrivés nous étions tellement pathétiques. Nous criions, nous nous roulions à terre. Nous avons embrassé ces bouches, nous avons baisé le sol, nous avons serré fort les arbres tout contre nous. Nous avons mangé cette graisse généreuse et bienfaitrice, bu cet alcool sucré, respiré cet air un peu plus sain. La famille et les amis étaient là, non, nous ne rêvions pas. Nous quittions notre famille soudée par les épreuves et les émotions pour retrouver une autre famille, celle qui reste et attend notre retour. Quel accueil ! Des retrouvailles pleines de folie, de chaleur, de surprises. Ça y est nous sommes à la maison. Notre maison. Enfin, celle qui contient à peu près une chambre ou un bout de divan qui nous appartient. Celle parmi celles. Celle qui compte un peu plus de fois le contact de nos valises qui déversent au sol leurs souvenirs qui sentent le monde.

On rentre traumatisé, un peu comme on rentre de la guerre. Excepté qu’on a tué personne, on a peut-être même donné beaucoup de vie. On a pas vu non plus de morts, excepté peut-être celle d’un bout d’humanité, d’un morceau de nous. Nous avons vécu et partagé ce traumatisme humain, celui de la pitié qu’on ressent pour les autres, celui du dégoût envers le gâchis du potentiel et de la créativité. Nous sommes marqués. Marqués par l’absence du vide, l’absence de silence, l’absence d’air. Marqués par les contrastes, marqués par la sympathie et par l’apathie. Marqués par les regards insistants, curieux, incommodes, gênés et par les maintes et maintes prises photographiques transgressives. Marqués par l’obéissance démesurée aux règles et l’inexistence d’alternatives. Marqués par la solitude dans ce pays de plus de 1,357 milliards d’habitants… Et malgré tout, marqués par toutes ces belles rencontres, ces inattendus heureux, ces 2 minutes de n’importe quoi qu’on a créé tous les jours dans chaque endroit où on allait, et qui ont fait sourire ces gens qui ne savaient pas comment réagir.

Marqués par les gens qu’on a eu la chance de toucher et qui ont redécouvert certaines émotions à travers l’expression de notre travail.

On revient de ce voyage, le regard un peu plus différent qu’à chaque retour. Le cœur lourd et ouvert. J’ai envie de tout aspirer ! Redécouvrir chaque recoin comme on découvrait là bas chaque chose.

Aujourd’hui, je suis marqué par notre liberté et la chance incroyable qu’on a de pouvoir recréer chaque journée. Et surtout le bonheur de la conscience, de savoir qu’on a le droit de se tromper, de rater, de recommencer, de changer, de tomber encore, de pleurer, de se relever, de vivre et revivre, de créer et de réinventer. Mais aussi d’arrêter de produire, de ne rien faire, de se limiter à deux choses très simples : penser librement et respirer un air à peu près sain.

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