Ma dernière lettre au Père Noël

Cher Père Noël, ô toi grand patron de la fin d’année, chef des rennes

et de dizaines de milliers d’enfants,

     Si je t’écris encore une fois c’est pour une demande un peu spéciale. En effet contrairement à l’année passée, je ne veux pas de cadeaux cette fois-ci. Non pas que j’ai été méchant en 2017, c’est juste que je n’ai besoin de rien. En tout cas, rien de matériel. Et surtout rien qui ait pu être fait par de petites mains exploitées ou avec des matériaux maintes fois transformés à partir d’éléments dont on viendra un jour à manquer. Rien qui ait pu occasionner de la souffrance dans sa fabrication ou qui pourrait nuire indiciblement à ma santé, à l’écosystème ou aux générations futures. Malheureusement, en deux phrases je viens de rayer la majorité de ce que tu as à me proposer sur ta liste de produits aux images aguicheuses. Je t’entends m’appeler «gauchiste» et je te réponds «empathique», «compatissant», «responsable», «humaniste» et «libre». Alors voilà, je ne veux rien de tes objets marqués, consommables soit disant faits pour durer. Je ne veux pas de ton obsolescence programmée ou de bonheur déguisé.

     Ce que je veux réellement, tu es la dernière personne à pouvoir me l’offrir, c’est contre ta nature désolé. L’amour ne s’achète pas, la nature non plus (juste un petit rappel au passage).

     Tu dois te demander pourquoi je t’écris au final. Et bien c’est un peu ma façon de te laisser derrière moi et peut-être d’encourager d’autres à le faire. Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà fait. Je te dis donc au revoir petit papa du consumérisme.

PS : merci de libérer les rennes et les enfants, et va un peu t’occuper de ta mère Noël.

 

Maintenant je m’adresse à toi cher lecteur, pour te poser une question toute simple :

est-ce qu’on pourrait faire un noël sans cadeau ?

     Juste être là entre nous. Être heureux de tous nous réunir d’autant plus que ça n’arrive plus souvent aujourd’hui (quand les enfants ont grandi puis sont parti), ainsi va la vie. Et passer notre temps à faire des jeux, ou aller dehors, faire une activité qu’on ne fait pas habituellement ou qu’on a jamais fait ensemble. On pourrait même se retrouver ailleurs qu’à la maison, louer ou emprunter une autre maison. Et pourquoi pas inviter des gens que l’on ne connaît pas et qui sont seuls pour noël…

     Je sais que c’est un plaisir d’offrir, mais en toute honnêteté, ce n’est pas toujours le cas pour ce qui est de recevoir. Pas forcément parce que le cadeau ne nous plaît pas mais parce que ça peut-être déstabilisant de recevoir quelque chose selon les cas. Et si on veut s’offrir des cadeaux pourquoi tout concentrer sur une période de l’année, s’enfiler dans des allées de centre d’achat, jouer le jeu de grandes marques qui n’en ont qu’après notre argent.. ? Pourquoi pas s’offrir des choses faites localement, quand bon nous chante et à n’importe quelle saison, comme une surprise, justement pour le plaisir d’offrir ?

     Je suis plus pour un esprit de Noël et je trouve que le mot «esprit» est bien choisi car il y a quelque chose d’immatériel et de séduisant dans cette idée. Ça me renvoie au côté traditionnel, aux réunions familiales. Bien sur dans la tradition il y a les cadeaux au pied du sapin, mais pourquoi ne pas faire évoluer ça vers autre chose ? Noël peut-être une fête extraordinaire sans noyer les enfants sous une montagne de cadeaux. Tout ce qu’il faut faire c’est le rendre extraordinaire et pour ça, chacun peut trouver des idées. J’en cite quelques exemples plus haut et il y en a des milliers d’autres. J’aimerais juste qu’on arrête ce gaspillage déguisé dans un bel emballage fait avec du papier cadeau brillant. Parce que tout ça a des conséquences, notamment sur notre environnement mais aussi je pense sur nos enfants. Et là peut-être que je m’avance trop parce que je n’ai pas d’enfants, mais je me demande quel est l’intérêt d’apprendre à des petits que s’ils ont été plus ou moins sage, ils auront toujours plus de cadeaux chaque année. Pourquoi avoir toujours plus ? Pourquoi les rendre insatiable et les enfermer dans une logique où le bonheur est lié au matériel ?

     Je pousse le bouchon un peu loin Maurice, mais je me sens vraiment concerné par cette question parce que je suis issue d’une génération qui a vécu le début de ce type de noël. Et aujourd’hui, sûrement parce que je voyage beaucoup, je me rend compte que plus je suis léger mieux je me porte. C’est certes une réflexion de nomade mais je pense qu’elle peut s’appliquer à n’importe qui de sédentaire. Et là je pousse encore et je m’éloigne de noël, mais ce que le voyage m’apprend chaque jour, c’est que le bonheur n’est pas dans les objets que je possède mais dans les rencontres que je fais et dans les moments partagés que je vis.

     Il y a plein de réponses pour vivre un noël extraordinaire et ce qui compte c’est de les trouver ensemble. Bonnes fêtes de fin d’année à tous !

PS : éteignez votre télévision.

Jérémy

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Whanganui River – Nouvelle-Zélande – Décembre 2017

Publicités

Une réflexion sur “Ma dernière lettre au Père Noël

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s