Les voyages, les rencontres et la Nouvelle-Zélande

19 décembre 2017, les minutes glissent tranquillement vers minuit. Ainsi s’achève ma dernière journée complète en Nouvelle-Zélande. Ma valise est bien pleine, ma tête l’est encore plus. 1536 photographies prises en un mois et demi. C’est peu d’images comparé à ce qui se déroule encore en arrière de mes yeux. Je sais que ce soir je n’arriverai pas à m’endormir. J’ai cette envie que ça dure encore un peu. Il reste encore tellement de choses à faire ici. Mais il en reste aussi beaucoup à faire là bas. Cette ailleurs déjà vécu où m’attend un présent encore inconnu. Parce que c’est ça la vie aussi, savoir redécouvrir et vivre les instants des recoins qu’on a mille et mille fois traversés. Nouvelle-Zélande je te quitte et je te dis au revoir. Au revoir à toi et à tous les gens merveilleux que tu m’as fait découvrir. J’emporte avec moi un bout de ton savoir vivre et de ta chaleur. Au revoir donc, et certainement à bientôt ! Ne change pas trop et reste encore un peu loin du reste. Je t’aime et merci.

On pourrait dire que je suis dans une belle galère. C’est la deuxième fois en peu de temps que je ne veux pas repartir d’où je suis. Souvent ce sont les rencontres qui font un voyage, le pays et les paysages comptent aussi, mais les véritables souvenirs se forgent dans les liens qu’on a pu tisser avec certaines personnes croisées sur notre route. Des fois, on fait une voir quelques rencontres marquantes. Ici, j’ai l’impression d’avoir rencontré une bonne centaine de personnes différentes. Rencontrer dans le sens le plus humain du terme. Lorsqu’on se rencontre et qu’on écrit ensemble un bout d’histoire de notre vie qui va rester gravé dans notre mémoire, comme un moment sucré de l’existence. Il y a eu les rencontres avec de nouvelles personnes mais aussi ces passages croustillants qui nous rappellent l’amour que l’on a déjà pour nos amis. J’exagère sûrement sur le nombre mais le sentiment lui est bien là. Et maintenant, je me retrouve coincé devant mon ordinateur, à vouloir raconter les expériences que j’ai pu vivre depuis le début du mois de novembre et trop de mots et d’émotions me viennent d’un coup. Je me dis aussi que je n’ai même pas fini de raconter le Brésil qui fut une expérience réellement marquante pour moi, alors comment embrayer sur la Nouvelle-Zélande. Je me vois fermer les yeux et reparcourir les deux dernières années et demi, depuis que j’ai commencé la tournée. Je les ouvre humide et le cœur plein. Je me sens tellement privilégié d’avoir cette vie de rencontres autour du monde. Ça me fait oublier à quel point je peux me sentir seul parfois. Je suis sans voix depuis un moment, perdu entre les émotions et les idées. Et je sens à présent que je m’écarte du sujet. Mais peut-être au contraire qu’il est bien là le sujet : d’accepter de vivre toute l’intensité de ces moments.

Sur mon ordinateur, le voyage en Nouvelle-Zélande peut se résumer en 1536 photos prises. Et quand je les parcours, j’ai l’impression qu’il manque les bords. Ces bouts de paysages immenses qui ne se laissent capter que par l’œil attentif des gens qui apprécient l’absence de la fuite du temps. Quand on se prend à arrêter de compter. Je lis sur ces photos les moments de partages fraternels dont elles distillent avec soupçon le goût exquis. Et je me rappelle les moments heureux comme quand on tombe amoureux et que les papillons viennent nous chatouiller derrière le nombril. Ces moments qui ne sont pas très loin et que je peux encore distinguer très clairement sans image. Je peux même voir quand la réalité s’est changée en mémoires et que celles si sont devenues souvenirs. Des moments partagés en vrai à partager en voix ou en mot, comme je voudrais le faire maintenant.

Tout a commencé par une inconnue qui m’a accueilli chez elle comme un fils. Elle m’a ouvert sa porte et m’a serré dans ses bras. Elle m’a montré son monde illuminé des feux de la nuit du 5 novembre. Puis j’ai pris la route. Une longue route déserte et sinueuse vers un hiver qui s’invitait au souper. Les paysages étaient fantastiques et s’étalaient sur des milliers de kilomètres. J’ai dormi dans une petite cabane pour me réveiller sur un navire, dans le froid glaçant des vents s’engouffrant dans le fjord. J’ai observé des constellations inconnues au plus profond d’une grotte où les murs scintillent et font naître une subtile clarté sur le visage des émerveillés. Puis il y a eu la douceur du feu de cheminée, dans la paisible maison de mon ami Ashley. J’ai travaillé aussi, parce que je suis quand même venu là pour ça. Nous avons surfé sur les vagues d’enthousiasme d’un public enjoué. J’ai fait l’expérience de mon premier tremblement de terre lors d’un pique-nique où les nouveaux amis ont rencontré les anciens. À chaque journée de nouvelles personnes s’invitaient au voyage. Il y a eu des rencontres furtives et des amitiés naissantes comme avec ces 2 français – le champion de billard et le gymnaste – et le belge handballeur. Ensuite il y a eu le départ pour le nord, un nouvelle terre à explorer alors qu’il restait tant à découvrir ici bas. La prochaine fois ! Rendez-vous à Wellington l’extravagante, avec ses plages, sa rue cubaine et ses friperies. Nous avons passé une après-midi au soleil à jouer une partie de football-rugby-freezbie. Nous avons bien mangé et surtout bien ri à un barbecue-feux d’artifices, chez la famille de Rosita la kiwi du groupe. Puis nous avons roulé plus au nord encore. Nous nous sommes perdus dans une vallée du nom de la Comté, le temps d’un cidre et d’un cou de soleil. Pour finalement être accueillis à Auckland par un Mihi whakatau, une cérémonie intimiste et généreusement bouleversante. J’ai aussi retrouvé un couple rencontré au Brésil quelques mois plus tôt, qui grâce à leur tour du monde ont recroisé notre route. Enfin nous avons vécu les soirées d’été au bord du feu, les plages magnifiques, les volcans iconiques, les trois jours sur une rivière loin de tout, la plongée à l’épave du Rainbow Warrior, et les aux-revoir…

Voici ce que fut ce mois et demi de Nouvelle-Zélande résumé, condensé en quelques lignes. À l’image des photos ci-dessous, des lucarnes ouvertes sur des moments de bonheur. Je vous laisse avec ça. Merci de voyager avec moi !

 

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Ma dernière lettre au Père Noël

Cher Père Noël, ô toi grand patron de la fin d’année, chef des rennes

et de dizaines de milliers d’enfants,

     Si je t’écris encore une fois c’est pour une demande un peu spéciale. En effet contrairement à l’année passée, je ne veux pas de cadeaux cette fois-ci. Non pas que j’ai été méchant en 2017, c’est juste que je n’ai besoin de rien. En tout cas, rien de matériel. Et surtout rien qui ait pu être fait par de petites mains exploitées ou avec des matériaux maintes fois transformés à partir d’éléments dont on viendra un jour à manquer. Rien qui ait pu occasionner de la souffrance dans sa fabrication ou qui pourrait nuire indiciblement à ma santé, à l’écosystème ou aux générations futures. Malheureusement, en deux phrases je viens de rayer la majorité de ce que tu as à me proposer sur ta liste de produits aux images aguicheuses. Je t’entends m’appeler «gauchiste» et je te réponds «empathique», «compatissant», «responsable», «humaniste» et «libre». Alors voilà, je ne veux rien de tes objets marqués, consommables soit disant faits pour durer. Je ne veux pas de ton obsolescence programmée ou de bonheur déguisé.

     Ce que je veux réellement, tu es la dernière personne à pouvoir me l’offrir, c’est contre ta nature désolé. L’amour ne s’achète pas, la nature non plus (juste un petit rappel au passage).

     Tu dois te demander pourquoi je t’écris au final. Et bien c’est un peu ma façon de te laisser derrière moi et peut-être d’encourager d’autres à le faire. Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà fait. Je te dis donc au revoir petit papa du consumérisme.

PS : merci de libérer les rennes et les enfants, et va un peu t’occuper de ta mère Noël.

 

Maintenant je m’adresse à toi cher lecteur, pour te poser une question toute simple :

est-ce qu’on pourrait faire un noël sans cadeau ?

     Juste être là entre nous. Être heureux de tous nous réunir d’autant plus que ça n’arrive plus souvent aujourd’hui (quand les enfants ont grandi puis sont parti), ainsi va la vie. Et passer notre temps à faire des jeux, ou aller dehors, faire une activité qu’on ne fait pas habituellement ou qu’on a jamais fait ensemble. On pourrait même se retrouver ailleurs qu’à la maison, louer ou emprunter une autre maison. Et pourquoi pas inviter des gens que l’on ne connaît pas et qui sont seuls pour noël…

     Je sais que c’est un plaisir d’offrir, mais en toute honnêteté, ce n’est pas toujours le cas pour ce qui est de recevoir. Pas forcément parce que le cadeau ne nous plaît pas mais parce que ça peut-être déstabilisant de recevoir quelque chose selon les cas. Et si on veut s’offrir des cadeaux pourquoi tout concentrer sur une période de l’année, s’enfiler dans des allées de centre d’achat, jouer le jeu de grandes marques qui n’en ont qu’après notre argent.. ? Pourquoi pas s’offrir des choses faites localement, quand bon nous chante et à n’importe quelle saison, comme une surprise, justement pour le plaisir d’offrir ?

     Je suis plus pour un esprit de Noël et je trouve que le mot «esprit» est bien choisi car il y a quelque chose d’immatériel et de séduisant dans cette idée. Ça me renvoie au côté traditionnel, aux réunions familiales. Bien sur dans la tradition il y a les cadeaux au pied du sapin, mais pourquoi ne pas faire évoluer ça vers autre chose ? Noël peut-être une fête extraordinaire sans noyer les enfants sous une montagne de cadeaux. Tout ce qu’il faut faire c’est le rendre extraordinaire et pour ça, chacun peut trouver des idées. J’en cite quelques exemples plus haut et il y en a des milliers d’autres. J’aimerais juste qu’on arrête ce gaspillage déguisé dans un bel emballage fait avec du papier cadeau brillant. Parce que tout ça a des conséquences, notamment sur notre environnement mais aussi je pense sur nos enfants. Et là peut-être que je m’avance trop parce que je n’ai pas d’enfants, mais je me demande quel est l’intérêt d’apprendre à des petits que s’ils ont été plus ou moins sage, ils auront toujours plus de cadeaux chaque année. Pourquoi avoir toujours plus ? Pourquoi les rendre insatiable et les enfermer dans une logique où le bonheur est lié au matériel ?

     Je pousse le bouchon un peu loin Maurice, mais je me sens vraiment concerné par cette question parce que je suis issue d’une génération qui a vécu le début de ce type de noël. Et aujourd’hui, sûrement parce que je voyage beaucoup, je me rend compte que plus je suis léger mieux je me porte. C’est certes une réflexion de nomade mais je pense qu’elle peut s’appliquer à n’importe qui de sédentaire. Et là je pousse encore et je m’éloigne de noël, mais ce que le voyage m’apprend chaque jour, c’est que le bonheur n’est pas dans les objets que je possède mais dans les rencontres que je fais et dans les moments partagés que je vis.

     Il y a plein de réponses pour vivre un noël extraordinaire et ce qui compte c’est de les trouver ensemble. Bonnes fêtes de fin d’année à tous !

PS : éteignez votre télévision.

Jérémy

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Whanganui River – Nouvelle-Zélande – Décembre 2017