Un début qui secoue !

Jeudi 8 juin, mon père et moi enfourchons nos vélos à Gardouch.

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Il est 7h40 quand nous quittons ma mère et ma sœur et commençons à rouler sur les berges du canal du Midi.

Il fait beau et la température grimpe petit à petit. Le début est tranquille, la piste cyclable est goudronnée. Mais très vite nous nous retrouvons sur des chemins caillouteux, voir des pistes de VTT, pas vraiment adaptés pour nos vélos chargés. Ça tremble, ça remue, c’est bruyant. On évolue tant bien que mal aux côtés des péniches qui glissent langoureusement sur le canal. Nos mains crispées au guidon nous font subir les interminables vibrations. Les portions non-entretenues, leurs herbes folles et leurs ronces nous griffent au passage. En plus, nous avons le vent de face !

 

Malgré ces difficultés nous continuons. Nous avons des objectifs et il faut avancer ! Nous faisons une halte à Carcassonne pour manger puis nous reprenons la route.

C’est après 6h35 à pédaler soit 110km que nous arrivons dans le petit village de Castelnau d’Aude (entre Carcassonne et Béziers) où nous sommes accueillis par Fabienne en Couchsurfing.

 

Vendredi 9 juin, il est 7h et nous partons pour notre deuxième journée de vélo. Une grosse journée aujourd’hui puisqu’il nous faut parcourir près de 150km pour arriver à notre deuxième destination : le Grau du Roi. Nous décidons de prendre par la route pour éviter de rouler au bord du canal qui est trop accidenté pour nos vélos. Nous le reprenons finalement à Béziers où il est de nouveau goudronné.

Mais après une quinzaine de kilomètres très agréables, on repasse sur des pistes qui nous en font baver. Il y a même un passage à proximité d’une écluse où les vélos ne passent pas à cause des sacoches et surtout de barrières vraiment trop étroites..! Je porte nos deux vélos par dessus, puis deux autres vélos d’un couple de hollandais. Fatigués par des chemins limites «casses-gueules», nous reprenons par la route au niveau d’Agde.

Les 10 derniers kilomètres avant Sète sont magnifiques. Nous longeons les plages sous la chaleur d’un début d’après-midi de juin. Nous nous arrêtons dans un restaurant en bord de plage pour bien manger et se désaltérer avant de repartir une heure plus tard.

 

Passé Sète et divers étangs, nous sommes de nouveau sur une piste cyclable caillouteuse, entre un canal, des étangs et la mer. En bref, au milieu de nulle part ! Environ 2 kilomètres avant Vias, j’ai ma première crevaison sur le pneu arrière. On décharge donc mon vélo puis on change la chambre à air, sans se presser mais sans trop traîner non plus car il n’y a pas d’ombre pour se protéger du soleil qui nous assomme depuis plusieurs heures. On recharge et on repart, mais 200 mètres plus loin je crève à nouveau… J’avais pourtant vérifié qu’il ne restait pas de résidus pointus dans le pneu… Bon, ce n’est pas grave, on décharge de nouveau, on change la chambre, on recharge, on traverse un pont à pied, je remonte sur mon vélo et… PPfffffffffffffffff..! ZUT !! Après examen complet (et après avoir encore déchargé mon vélo), je remarque que mon pneu est arraché à un endroit. Donc quand je le gonfle et que je repars, la chambre à air vient se coincer dans le trou à cause du poids, ça pince et ça perce. C’est là que je me rend compte que mes pneus sont un peu vieux et qu’ils n’ont pas supporté toute la misère que les chemins leur ont fait subir. On tente une réparation de fortune, il ne reste qu’une quinzaine de kilomètres avant d’arriver et avec tout ça on a perdu quasiment 2h… Je décide de mettre toutes mes sacoches à l’avant et je roule en danseuse, penché sur mon guidon pendant une dizaine de kilomètres.

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Nous arrivons finalement à la Grande Motte qui n’est qu’à quelques kilomètres de Grau du Roi, et cette fois la réparation lâche et je me dégonfle. Je remet de l’air 5/6 fois pour essayer de gagner encore un peu de terrain. Nous finissons à pieds les 3 derniers kilomètres. Nous arrivons enfin après 20h, fatigués des péripéties de la fin de journée. On aura fait 145km en 8h30 de vélo. Marie, encore une couchsurfeuse, nous accueille chez elle avec une bonne humeur qui nous fait du bien !

Samedi 10 juin, dernière étape avec mon père.

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Ce matin, on ne peut pas partir tôt car nous devons attendre l’ouverture des magasins de vélos pour me racheter un pneu, puis réparer. Nous décollons donc à 11h en plein cagnard, nos gourdes remplies à ras bord. Aujourd’hui, l’étape est plus courte que prévu à cause du départ tardif et ma mère nous attend à Remoulins pour nous attraper au passage et nous conduire jusqu’à Montélimar d’où je repartirai le lendemain. C’est tant mieux car nous avons vraiment chaud !

Après 25 kilomètres, en arrivant dans le village de Saint-Laurent-d’Aigouze c’est cette fois mon pneu avant qui crève. Mon moral n’est pas très haut. Après les coups de la veille, et de savoir qu’on ne pourra pas arriver jusqu’à Montélimar, j’ai un peu le blues. On répare, je me rends compte que mon pneu avant aussi est pourris… Après ça on en profite pour manger un bout dans ce village charmant avant de repartir. On doit reprendre des forces parce qu’apparemment «il n’y en aura pas de faciles» ! Et c’est repartie sous la chaleur écrasante, on roule sur des routes de campagnes au milieu de champs divers et variés où on croise parfois des animaux. Au détour d’un bout de forêt nous tombons sur un majestueux champs de lavande qui nous accueille de son mauve luisant !

Dans ma tête, chaque son qui fait S, chaque grillon ou cigale me fait pencher le regard vers mes pneus…

Après une ascension finale, suivie d’une descente de 5 kilomètres, nous rejoignons finalement ma mère qui nous attend depuis un bon moment à la gare de Remoulins. Nous avons roulé 68km en 3h55.

Route avec Papa

Nous nous rendons à Montélimar en début de soirée, après un arrêt pour me racheter un pneu (encore) et nous finissons par un succulent festin dans un restaurant. Le dernier repas avec mes parents avant longtemps.

Dimanche 11 juin, premier jour en solitaire.

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Je quitte mes parents à 7h pour rejoindre la ViaRhona – une autre piste cyclable – en espérant qu’elle sera de meilleure qualité que le canal du Midi. Et c’est le cas ! Quel délice ! Malgré mes 4 sacoches (avant j’en avais 2 et mon père les 2 autres), je file à une vitesse comprise entre 20 et 25km/h. Je croise de petits villages très charmants en suivant la piste cyclable qui sillonne le long du Rhône.

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Après une petit pause à 11h à Valence, je continue de filer dans l’espoir de pouvoir arriver à Saint-Vallier dans la Drôme pour manger mon repas de midi. Rendu là, je serai à peu près à la moitié de mon parcours du jour.

Vers 15h, après une bonne pause à Saint-Vallier je repars, «pas l’temps d’niaiser» ! Je quitte la ViaRhona peu après pour couper dans les terres en direction de Bourgoin-Jallieu ma destination du jour. J’essuie une nouvelle crevaison due à la chaleur et à des chambres à air (soi-disant) auto-réparantes qui ne sont pas adaptées à mon type de voyage (j’ai trop de poids). Il fait 34 degrés, surement plus en plein soleil, alors je m’arrête souvent pour remplir mes gourdes. D’autant plus que je dois passer quelques collines, ce qui me fait suer à grosses goutes. En plus de mon vélo qui fait 17kg, j’ai environ 25 kilos d’équipement à porter par la force de mes jambes. Je serre les dents et je continue.

Et passé 20h, j’arrive enfin chez ma grand-mère qui m’attend avec deux de mes tantes. Aujourd’hui a été la plus grosse étape de tout le parcours, j’ai roulé pendant 10h pour parcourir plus de 180km !

Route Montélimar BJ

Depuis, je profite bien de ma famille et je me repose avant un nouveau départ entre deux orages demain..! ;o)

avec Mia

Avec ma petite cousine Mia

Lettre à mes grands-parents pour Noël

Cher Père Noël, ou plutôt chers Grands-parents,

(parce que ça fait un moment que je sais que le bonhomme Coca Cola n’existe pas)

Si je vous écris cette lettre, c’est dans l’espoir d’avoir un beau cadeau de noël cette année, car je pense avoir été relativement sage.

Au fil des ans, je sais que vous vous demandez en cette période de fin d’année «qu’est ce qui pourrait bien rendre heureux nos petits enfants». Et c’est souvent avec plaisir, que nous trouvons parfois un livre, un peu d’argent de poche dans une chaussette, d’autres fois un tricot coloré, ou même un bon d’achat de notre magasin préféré !

Ce qui me rendrait le plus heureux c’est un cadeau anticipé, parce que cette année j’ai un peu peur de l’avenir. En fait, je suis même terrifié ! À cause des récentes élections américaines, à causes de nos prochaines élections françaises et bien d’autres choses… Nous le voyons à la télé, nous pouvons le lire sur internet et dans la presse, les gens ont de plus en plus peur des autres. C’est d’ailleurs à mon sens la télé, l’internet, la presse, les politiques qui sont les principaux diffuseurs de ces peurs.

Je vais vous le dire : je n’ai pas peur des autres ! Je n’ai pas peur de mon voisin ! Je n’ai pas peur de celui qui n’a pas la même couleur de peau que moi et qui partage ma nationalité ! Je n’ai même pas peur de l’étranger ! Je n’aime d’ailleurs pas ce mot, parce que je ne trouve rien d’étrange aux inconnus en général. Je n’ai pas peur des immigrants, j’en suis un depuis quelques années ! Et si on regarde bien, en fait personne n’est à 100% originaire de son pays. Je pense qu’il ne faut pas avoir peur et au contraire oser créer la rencontre. C’est quelque chose que j’ai appris en voyageant. Je reconnais que ça peut être difficile au départ parce qu’on sort de notre zone de confort mais la rencontre de l’autre est primordiale aujourd’hui. Il faut oser se mêler à l’autre, être curieux de sa culture et s’il le souhaite, lui expliquer la notre sans chauvinisme. Pourquoi pas même apprendre quelques mots dans sa langue ?!

Ce qui me fait peur par contre, c’est l’incitation à la haine, c’est d’entendre des gens nous parler d’identité en 2016 en cherchant à prévaloir une identité plutôt qu’une autre, c’est les raccourcis qui sont pris en pointant du doigt toute une communauté plutôt qu’une minorité fautive, c’est ceux qui se mêlent de ce qui ne les concerne pas, c’est le cabotinage politique, c’est qu’aujourd’hui quelque chose de divertissant se doit d’être stupide et à contrario, quelque chose d’intelligent est forcément ennuyeux, c’est le changement climatique et ceux qui en nient les conséquences, c’est la désinformation, la manipulation de masse et les lobbys, c’est la course à l’armement nucléaire, et d’avoir des fous au pouvoir…

La liste est encore longue et parmi toutes ces peurs se trouve la peur des discriminations. Qu’elles soient fondées sur les origines, sur les genres, les préférences sexuelles ou quelques différences que ce soient. Je trouve que c’est souvent trop pris à la légère alors que c’est quelque chose de très grave ! Parce que la discrimination, c’est le non respect d’un être humain. Et le respect, je pense que c’est une des valeurs fondamentales transmise par mes parents. J’imagine que c’est vous qui en êtes à la base. La discrimination, c’est la peur et le refus de l’acceptation de l’autre tel qu’il est. Comme je le disais précédemment, il y a beaucoup d’autres choses dont nous devrions avoir plus peur aujourd’hui !

C’est pourquoi je vais vous demander une chose un peu particulière pour Noël cette année. Parce qu’un avenir trouble se présente devant vos petits-enfants. Parce que la paix sociale – déjà bien entamée – ne sera jamais rétablie si nous continuons par nos idées ou par nos actes de faire perdurer les discriminations. Et surtout parce que si nous n’agissons pas pour la sauvegarde de notre environnement, nous n’aurons bientôt plus de Terre pour semer les graines de notre avenir.

Pour Noël je vous demande donc de vous renseigner sur Yannick Jadot, candidat à la présidentielle pour Europe Écologie Les Verts. Parce que c’est un candidat qui n’est pas dangereux pour notre avenir. Nous pourrons échanger à ce sujet. Je pourrais même vous parler d’autres candidats intéressants ! Et j’espère que vous penserez à vos petits enfants devant les urnes au mois de mai. En attendant voici son site internet : avecjadot.fr

Joyeux noël et passez de belles fêtes de fin d’année,

Je pense bien à vous,

Votre petit-fils

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Jérémy

Itinéraire de tournée : Grande Muraille de Chine = check !

Map to Zhengzhou

De Dalian, en passant par Shenyang (où nous avons fait et célébré notre 100ème), puis Pékin, pour finalement arriver hier à Zhengzhou dans la province du Henan.

À Shenyang, j’en avais profité pour filmer les techniciens pendant l’installation du spectacle. Ce fut une longue journée (6am à 8pm) et je pense ne pas les avoir trop gêné…

À Pékin, nous avons visité quelques parcs et temples, et surtout, nous sommes allés à la Grande Muraille de Chine ! Nous avons visité et rencontré des étudiants de l’école du cirque de Pékin. Nous avons également passé de très bons moments avec les artistes du spectacle Stomp, également en représentation dans la ville.

Fraichement arrivés à Zhengzhou, nous sommes allés visiter aujourd’hui LE temple Shaolin, ce qui fut à la fois une expérience déroutante et impressionnante !

Itinéraire de tournée : 1 mois en Chine

carte to dalian

Déjà un mois. Je ne sais pas si ça passe vite. En tout cas, on a du mal à savoir quel jour on est, dans quelle ville on est rendu… Je ne sais plus à quoi ressemblait ma première chambre d’hôtel ici. Les villes s’enchaînent, elles sont toutes différentes et toutes pareilles. Ce sont des fourmilières faites en carton-pâte, des cités-usines, des cirkopolis. Le vieux presque authentique et le jeune déjà dépassé s’y côtoient. C’est d’un côté la recherche du respect des traditions ancestrales et de l’autre l’envie irrémédiable de faire semblant qu’ils sont l’occident. C’est troublant. C’est dommage. J’arrive pas à savoir si les chinois sont heureux, ça m’attriste. Mais au contraire quand on arrive à engager un contact avec eux, quand il y a une connexion sincère parce qu’on essaye de leur parler en mandarin, ou qu’on a fait une clownerie qui les décroche de leur réalité (cellulaire), et qu’on voit leur sourire éclore et leurs yeux finir de disparaître, là j’ai l’impression de toucher à quelque chose de très humain : l’espoir.

On à la chance de vivre d’incroyables moments, comme cette fois où nous cherchions à manger au hasard d’un quartier flambant neuf et relativement désertique. Nous étions 4 sur nos skateboards et patins à roulettes respectifs à glisser sous un soleil de plomb. Nous avons finalement trouvé un petit café et à notre grande surprise en entrant, un groupe de musiciens classiques s’apprêtaient à répéter dans ce café. Ce fut magique de manger accompagnés de ces violons et violoncelles. Un concert secret perdu dans une ville titanesque où nous étions le seul public. Quel privilège !

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D’un autre côté, et je ne me sentais pas de ne pas en parler… J’ai été très touché par les actualités récentes, comme tout le monde en fait. C’est atroce et plus d’émotions que de mots me viennent pour m’exprimer. Je lisais quelques articles le lendemain et quand ça a commencé à parler d’enfants je me suis décomposé, j’ai fondu en larmes tout seul dans ma chambre d’hôtel. D’un coup on se sent moins que rien, on se sent vraiment stupide de râler pour un déjeuner pas bon, un hôtel un peu moins confortable qu’un autre, quand on repense que quelque part il y a des gens qui souffrent horriblement. Comme tous les jours en faite mais on a ce défaut de toujours trop vite oublier. Et quel gâchis de potentiel humain ! Peut-être que parmi ces victimes il y avait un futur Mozart, l’inventeur du vaccin contre le sida, ou ne serait-ce qu’un bon prof de maths. Je me suis senti tellement favorisé le lendemain et les jours suivant de pouvoir monter sur une scène avec mes amis, pour faire ce que j’aime ; et encore une fois très ému de pouvoir jouer pour tous ces enfants qui avaient la possibilité d’être là. Si vous lisez ces quelques lignes, je vous encourage à lutter ensemble contre l’ignorance, la haine, la peur, le gachis..! Je ne suis personne en particuliers pour vous le dire, j’ai juste la chance d’être encore là pour le faire.

L’aventure continue et les découvertes s’enchaînent. Pour soigner quelques douleurs musculaires, nous nous sommes rendus dans un hôpital publique au département physio afin d’essayer (encore une fois) les méthodes de traitement chinoises. L’expérience fut à la fois étrange et intéressante.

Aujourd’hui, 21 juillet, nous sommes à Dalian. Et après une journée à la plage à prendre des coups de soleil et se baigner, une autre journée pluvieuse à bruncher comme à Montréal et regarder des films, nous nous apprêtons à monter sur scène pour la 15ème fois en Chine !

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Théâtre de Dalian dans la brume.

Itinéraire de tournée : 3ème semaine en Chine

Tournée au 12072016

Un livre, je pense que c’est ce qu’on pourrait écrire sur chaque journée ici. Nous évoluons dans un monde tellement différent, où la logique et les façons de penser ont l’air d’être régies par des lois imperceptibles. Il est parfois dur de comprendre, outre la barrière de la langue, le mode de vie chinois. Ou peut-être est-il bien plus simple qu’on ne le pense ?

C’est le pays de la désorganisation rangée. Les règles y sont difficiles à saisir. Tout est régie par des autorités supérieures invisibles. Les gens sont fonctionnaires à plein temps, dépendent tous d’un autre échelon et l’initiative n’a pas été inventée.

C’est parfois terrifiant d’être ici ! J’ai l’impression de regarder l’avenir. Un futur où il y a trop de monde, où les institutions deviennent incapables de gérer toute cette population. Où c’est le marketing et la propagande qui le font. Où chacun est interconnecté, interdépendant, hyper consommateur, assujetti, subordonné, numéroté. On croirait à une perte totale d’autonomie, une société d’aliénés, tout à l’air encore plus en apparence qu’ailleurs, pour ne pas perdre la face : faire semblant que tout va bien ! Les gens survivent grâce à leur appendice téléphonique qui leur permet de tout faire, communiquer, payer n’importe quoi, être… Demain est déjà là aujourd’hui…

Instant Chinalogue de Aaron n°4 :

Pour être moins pessimiste, nous continuons notre bout de chemin semé d’embuches rocambolesques et de chinoiseries en tout genre. La nourriture est toujours aussi molle et huileuse, et chaque jour est une aventure où tout peut arriver. Tout ! Entre la visite d’anciens abattoirs après leur réhabilitation en lieu branché et la rencontre d’une petite fille guide fantomatique ; un diner buffet à volonté dans un hôtel très luxueux offert par les producteurs ; des karaokés de rue manuscrits ; se faire assommer à trois reprises par un consul qui quand il pointe quelque chose du doigt (ce qui est déjà très impolie) recule son coude directement dans mon front ; passer une belle soirée avec l’équipe du spectacle Traces des 7 doigts de la main et s’initier au scooter chinois (à 3 minimum et sans casque) ; un taux de pollution limite dangereux qui rend plusieurs d’entre nous malade ; notre départ de Shanghai après 2 semaines pour rejoindre Changzhou ; la rencontre de clowns terrifiants sur des overboards dans le sous-sol d’un centre commercial ; des fuites torrentielles dans le même centre commercial (pourtant «flambant» neuf) ; ma visite d’un hôpital public chinois où on rentre dans le cabinet du docteur pendant sa précédente consultation, on fait des radiographies dans les couloirs, on use de médecines parallèles de pressions intra-auriculaire ; un petit déjeuner peu ragoûtant ; tirer à l’arc dans un magasin ; la rencontre avec des dinosaures ; un spectacle devant une salle presque pleine…


Comme quoi, tout peut vraiment arriver !

Itinéraire de tournée : 2ème semaine en Chine, et un peu plus…

Jour 8, peu de sommeil derrière moi, un peu plus de vin et nous voilà en route vers une nouvelle destination, la grande Shanghai. Malheureusement, dû à des intempéries sur Shanghai, nous restons bloqués toute la journée ou presque à l’aéroport de Shenzhen. Mais nous ne sommes pas du genre à nous ennuyer si facilement..!


C’est fou comme il est facile et plaisant d’être des enfants, de pouvoir avec peu de choses et énormément de complicité créer des mondes d’aventures et de découvertes… On ne s’en lasse pas !

Jour 9, départ en skate de l’hôtel pour une excursion dans Shanghai.


Merci Gab pour la GoPro !!

Après une belle balade…

 

… nous arrivons finalement à une fête organisée par le consulat canadien pour les expatriés vivant à Shanghai. Poutine, hot dog, bières et plage, on s’est senti presque comme à la maison !!

Instant Chinalogue de Aaron n°3 :

Jour 10, après une matinée administrative, grise et pluvieuse, un très bon repas dans un restaurant indien et l’exploration d’un dédale de petits commerces nous rencontrons un marchand de thé. Nous y passons environ 1h30 à déguster des thés et l’écouter nous raconter leur histoire et leurs bienfaits. Ce fut vraiment un moment unique, magique et humain.

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Jour 11, pour nous abriter de la pluie torrentielle, nous nous réfugions à l’exposition Tim Burton. Nous y découvrons et redécouvrons un univers incroyable et indéniablement un très grand dessinateur !

Jour 12, encore une balade en skateboard dans la ville et achat de matériel à dessiner pour le plaisir.

Jour 13, 30 juin, fini les vacances !! Au programme, shooting photo dans différents endroits de la ville et conférence de presse en soirée.

S’en est suivi une folle nuit pour mon anniversaire avec beaucoup de rire, de danse, de plaisir, de chinois, de griffes, d’alcool, de ping pong, de taxis, de marche, de bars, d’amis, de shorts, de transpiration, de rires… et pas beaucoup de sommeil avant le matin.

Jour 14, 1er juillet, j’ai 28 ans et il faut aller travailler. Faire une promotion dans un grand centre commercial, quelque chose comme ça. Un extrait de 20 minutes du spectacle qu’il faut retravailler, à l’air conditionné et aux vues des passants qui ne comprennent pas trop ce qu’on fait au milieu de ce couloir ou dans ces toilettes publiques à la musique beaucoup trop jazz en train de se maquiller… J’ai la tête encore dans le jour précédent mais peu à peu en jouant avec les passants je me resynchronise au présent. On s’ennuie un peu et le temps est long, mais je suis heureux d’être là et d’avoir 28 ans.

Jour 15, longue journée devant nous. Encore une promotion puis des entraînements et finalement les tests techniques pour préparer les 2 spectacles du lendemain et ceux qui suivront dans la semaine.

Voici deux vidéos promotionnelles tournées en avril dernier :


Jour 16, 3 juillet : stress et émotions. Avant le début de la première, l’un de nous a une douleur à l’épaule. On préfère adapter le spectacle pour l’économiser et on se met donc à établir plein de changements de dernières minutes. La première se passe bien mais avec nos têtes très occupées à penser chaque moment plutôt qu’à les vivre. La deuxième est beaucoup moins mécanique et vraiment plus agréable pour tout le monde, en plus le public est avec nous !

C’est avec grand regret qu’après le spectacle nous devons dire au revoir à notre technicienne lumière et surtout grande amie qui s’en va relever d’autres défis.

J’en profite donc pour te remercier encore Gab pour tout ce que tu m’as apporté. Dès notre rencontre j’ai senti cette forte connexion entre nous, et ce lien magique qui faisait qu’on avait pas besoin de se parler pour se comprendre. Merci pour toutes ces accolades et tous ces rires. Tu es formidable !!!

Lettre ouverte aux gouvernements qui méprisent la culture

Aujourd’hui, est mon dernier jour en temps qu’étudiant à l’École nationale de cirque de Montréal. Après 3 ans dans cette école prestigieuse, aux côtés de personnes plus talentueuses et persévérantes les unes que les autres, je m’apprête à m’envoler avec quelques unes des compagnies les plus importantes du Québec pour travailler tout autour du monde.

Si je suis arrivé jusqu’ici, c’est premièrement grâce à mes parents et ma famille. Parce que très tôt, ils m’ont donné un accès aux images, aux livres, aux arts. Parce que dans mon village il y avait une bibliothèque municipale. Parce que des subventions permettaient au théâtre de la ville d’à côté d’accueillir des spectacles de qualités présentés par des intermittents du spectacle.

C’est aussi grâce à mes enseignants du primaire et secondaire, qui malgré l’effectif grossissant, croyaient en nous, prenaient de leur temps pour organiser des projets et n’hésitaient pas à soutenir les nôtres. Presque 20 ans après je me souviens encore d’une majorité des sorties scolaires que j’ai faites à l’école pour voir de vieux films en noir et blanc, différentes comédies de Molière et même des œuvres plus récentes créées par des artistes locaux. Ça paraît peut-être peu, mais c’était les prémices d’une grande ouverture culturelle et du développement plus que nécessaire aujourd’hui d’un sens critique.

Enfin c’est aussi grâce aux associations et organismes communautaires, dans lesquels j’ai pu commencer une pratique artistique et en découvrir de nouvelles à travers une grande variété de festivals. Parce qu’il y a des gens passionnés qui sont bénévoles et qui donnent sans rien attendre en retour. Parce qu’il y a des salariés qui en assurent la pérennité. Parce que des aides publiques permettaient un budget de fonctionnement.

Aujourd’hui, je suis un jeune artiste clown, diplômé d’une des plus grandes écoles de cirque au monde, parce que tous ces gens ont eu un jour les moyens de croire en des projets culturels, de les réaliser et de les partager. Je pense aussi à tous ces travailleurs de l’ombre, les techniciens de scène, les éclairagistes, les ingénieurs son, les auteurs, les concepteurs, les costumiers, les scénographes, les assistants, les régisseurs, les diffuseurs, etc, tout un monde de professionnels passionnés. En veux-tu des opportunités d’emploi pour les jeunes comme moi, en voilà !!

Et pourtant…

Aujourd’hui, on nous bombarde à coup de propagande télévisuelle, on nous monte les uns contre les autres, on nous fait croire que l’argent et le matérialisme à outrance sont les seuls moyens d’oublier le climat de terreur qu’on nous impose, et le pire selon moi, on bride notre liberté d’expression et d’accès à une culture décente, hétéroclite et essentielle, que ça soit à la maison, dans nos écoles, dans nos quartiers ou dans nos villes.

Il est plus que temps aujourd’hui de reconsidérer notre manière de penser la culture, ainsi que les enjeux sociaux, économiques et politiques qu’elle représente. Ce qui doit se faire au niveau local et être soutenu au niveau national. Fini la culture de masse et abrutissante ! Défendons une culture intéressante, instructive et qui rapproche les gens. Qui les amène à se connaître mieux eux-mêmes. Qui remette l’humain à la première place.

J’aimerais ne pas être qu’un exemple de réussite et qu’on ait tous le choix de la place que l’on veut occuper dans notre société.

«Et avec ça un peu de poésie, bordel de merdre!»

Jérémy Vitupier

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